Interview avec Mme Ghislaine MOETUS-SCHÜLLER, professeur d’Economie-gestion de l’Académie de la Martinique

Interview entre Mme Ghislaine MOETUS-SCHÜLLER, professeur d’Economie-gestion de l’Académie de la Martinique et l’Ambassade :

Pourriez-vous vous présenter et décrire votre parcours ?

Professeur d’Economie-gestion depuis 2003, j’enseigne en BTS Management des Unités commerciales et prépare les bacheliers aux métiers de la distribution et à la gestion d’agences commerciales.

J’ai démarré ma carrière dans le secteur privé et eu l’opportunité d’occuper des postes d’encadrement dans des secteurs divers. Pendant une douzaine d’années, j’ai également mené des missions de conseil auprès des entreprises des Antilles Guyane (aide au montage de projets, recherche de financement, accompagnement à l’international). La formation m’a cependant toujours intéressée.

Suite à un appel à candidature émanant du Rectorat de la Martinique et de son service dédié à la mobilité européenne et internationale (DAREIC), j’ai eu la chance d’être retenue pour le poste de Chargée de coopération éducative, auprès de l’Ambassade de France à Sainte-Lucie. Les objectifs de ce poste sont de développer les programmes d’échanges, d’élèves et d’étudiants, ainsi que d’enseignants entre la Martinique et les territoires de l’OECO (Organisation des Etats de la Caraïbe orientale), avec lesquels le Rectorat a signé des conventions de coopération éducative.

C’est un nouveau défi, qui me passionne, car je sais combien l’apprentissage linguistique et la découverte d’autres cultures, aident les jeunes à se construire.
La Martinique est membre de l’OECO depuis février 2015. Il est donc important de prendre conscience de notre appartenance à un ensemble régional multiculturel et de mieux valoriser la maîtrise des langues étrangères pour favoriser l’insertion professionnelle future des jeunes scolaires et étudiants.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec le réseau des Alliances Françaises ? Que représente-t-il pour vous ?

Le poste est basé dans les locaux de l’Alliance française. Je vous avouerai qu’avant de postuler, je n’avais pas connaissance des missions précises de ce réseau, même si bien entendu, je connaissais la « pyramide » de Castries, bâtiment ô combien original et joliment situé à proximité des paquebots de croisière, accostant à Pointe Séraphine.

Aujourd’hui, j’apprécie particulièrement le fait de travailler au sein de l’Alliance française de Sainte-Lucie dont la vocation est régionale, aux côtés d’équipes, dont la mission est la diffusion de la langue française et le rayonnement des cultures de la France hexagonale et des départements français d’Amérique, si proches de leurs voisins caribéens par tant d’aspects (géographiques, historiques, culturels…) et en même temps si éloignés, parfois, par méconnaissance réciproque et par manque de liens économiques.

Le réseau des Alliances françaises a une belle et noble mission. L’Alliance française de Sainte-Lucie a comme ambition d’être un lieu de culture en mouvement, ouvert et accessible à tous les francophiles. Je m’y suis sentie accueillie et les nombreux événements qui s’y déroulent, m’ont rapidement permis de rencontrer des interlocuteurs de qualité (enseignants de français, membres de l’OECO, membres de l’Ambassade de France et des autres ambassades, Ste-luciens francophones…).
Ma mission se déroule aussi en étroite collaboration avec les Services de coopération de l’Ambassade de France. L’objectif clairement affiché est une coopération enrichie et pérenne. Le chantier est vaste, les volontés ne manquent pas, reste à imaginer, à innover, à fédérer et à mettre en œuvre un programme de coopération éducative répondant aux attentes des communautés scolaires de la Région.

Comment résumeriez-vous vos nouvelles fonctions et comment les appréhendez-vous ?
Vous venez de Martinique, voisine de Sainte-Lucie, de la Dominique et de Saint-Vincent. Percevez-vous des résonances culturelles ?

Mes nouvelles fonctions consistent essentiellement à faciliter les échanges entre les équipes d’enseignants, et entre les élèves de la Martinique, de Sainte-Lucie, de la Dominique et de St-Vincent & les Grenadines, le but étant de tirer profit de notre environnement multilinguistique et multiculturel.

Il s’agit de développer toutes les formes de mobilité (virtuelle par des échanges entre correspondants et physique par l’organisation de visites réciproques, de stages…). La réalisation de projets de mobilité vient en sus des missions habituelles des enseignants. De tels projets comprennent un important volet administratif, afin d’assurer un encadrement sécurisé aux élèves ou aux étudiants. De plus, ils nécessitent la collecte de fonds afin que la contribution des parents reste raisonnable, ce qui passe par des actions qui mobilisent fortement les communautés scolaires (loteries, tombolas, ventes de gâteaux….), les institutions et les acteurs économiques quand ils sont partenaires de ces projets.

Mon rôle est essentiellement d’accompagner les enseignants et établissements, porteurs de projet. De plus, j’ai vraiment envie de réaliser des mobilités, en lien avec le monde économique (réalisation de projets portés conjointement par des acteurs économiques, réalisation de stages, de forums des métiers…), surtout en ce qui concerne le secondaire et l’enseignement supérieur. Le rapprochement des jeunes et des enseignants dès le primaire est également essentiel, afin d’ancrer l’apprentissage linguistique et l’ouverture à l’autre, dès le plus jeune âge.

Bien entendu, la proximité géographique de nos îles, notre histoire commune et des enjeux majeurs partagés (changement climatique…), soulignent notre appartenance au même ensemble. Les noms des villes, des quartiers, des personnes se retrouvent d’une île à l’autre. Les habitudes culinaires, la nourriture, la musique, la danse… sont proches, mais en même temps diffèrent et c’est cela, je crois, toute la richesse de ces territoires, qui bien que nés d’une histoire profondément douloureuse, ont su créer une identité métissée et plurielle.

Edouard GLISSANT parle ainsi de l’identité-rhizome, racine « démultipliée », observée dans nos mangroves, pour décrire nos sociétés créoles, nées d’un enchevêtrement inextricable de branches et de notre relation ouverte au monde, soulignant un mouvement incessant entre identité et altérité.

« Tant qu’on n’aura pas accepté l’idée, pas seulement en son concept mais par l’imaginaire des humanités, que la totalité-monde est un rhizome dans lequel tous ont besoin de tous, il est évident qu’il y aura des cultures qui seront menacées. Ce que je dis c’est que ce n’est ni par la force, ni par le concept qu’on protègera ces cultures, mais par l’imaginaire de la totalité-monde, c’est-à-dire par la nécessité vécue de ce fait : que toutes les cultures ont besoin de toutes les cultures »
Introduction à une poétique du Divers – Edouard Glissant

Biographie :

Diplômée de l’EAP (Ecole de commerce, aujourd’hui EAP/ESCP) – 1981

Expériences diverses dans le secteur privé : Directrice de restauration (Hôtel Bakoua), Analyste de crédit (Chase Manhattan Bank), Gérante et consultante du Cabinet G.M CONSEIL aux Antilles, Directrice d’exploitation (Groupe ELIZE Martinique), Missions RH au sein du Groupe CAÏALI – Martinique, Assainissement – BTP.

Agrégée d’Economie-gestion en 2003 - enseignement du Management, de la Gestion et de Marketing en BTS tertiaire

Dernière modification : 25/05/2016

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