#JeSuisCharlie : discours de l’Ambassadeur de France à Sainte-Lucie

Hommage aux victimes des attentats des 7et 8 janvier 2015 à Paris, à l’Alliance Française, le 14 janvier à 17h45

Discours de M. Eric de La Moussaye, Ambassadeur de France à Castries

Nous avons souvent ici parlé des droits de l’homme, de démocratie, de paix, d’ l’humanité, c’est-à-dire de toutes les valeurs prônées par la francophonie.

Nous avons, à chaque fois, mis en exergue les enseignements que l’on devait tirer des tragédies qui ont frappé l’humanité toute entière avec les deux guerres mondiales. Nous avons dit combien ce qui s’était alors passé avait servi de leçon pour l’avenir.

Aujourd’hui, l’horreur qui frappe la France, c’est la violence d’une guerre, peut-être même en pire puisque ce sont des civils sans défense qu’on tue lâchement, ce sont des personnes frappées pour leurs idées et leurs convictions, ce sont des policiers, en première ligne pour nous protéger tous. C’est donc l’humanité toute entière qui est concernée avec cette tragédie qui touche au plus profond des valeurs auxquelles nous croyons, ces valeurs qui constituent le socle de notre civilisation.

La formidable mobilisation, dans le monde entier, et bien entendu d’abord en France dimanche dernier (près de 4 millions de personnes ont défilé à Paris et dans de nombreuses villes, du jamais vu depuis la libération de notre pays en 1944), est en soi une très grande victoire : des millions de personnes, de toute nationalité , de toutes opinions et croyances, se sont levées pour dire non ! Non au terrorisme, non à la barbarie, non à l’atteinte à la liberté de la presse et à la liberté en général ! Car c’est bien de liberté qu’il s’agit : bien entendu, tous ces gens qui ont manifesté pour Charlie ne partagent pas toutes les options de ce journal, ni n’apprécient tous ses dessins. Mais pour autant que les règles fondamentales de la démocratie et des droits de l’homme sont respectées, c’est à dire que cette liberté ne soit pas utilisée pour prôner et faire l’apologie de la violence, du crime et de la délinquance, tout doit être permis. La liberté d’expression ne se mesure pas. Si tel était le cas, ce serait la porte ouverte à l’abus et donc à l’atteinte à la liberté. Comme le disait si bien Périclès : « Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage ».

C’est sans doute la première fois qu’on assiste à une réaction et à une mobilisation de cette ampleur, après de tels actes de terrorisme, avec bien entendu ceux du 11 septembre 2001 à New York. Ceci démontre qu’aujourd’hui le monde entier prend enfin conscience qu’il y a des actes qui n’ont désormais aucune légitimité et qu’on ne baissera jamais les bras, alors qu’autrefois, le silence, ou tout simplement le « laisser faire », valaient parfois consentement et avaient pour conséquence que des horreurs étaient commises au mépris de toute humanité.

Je voudrais aussi vous dire ce soir, si vous permettez, l’émotion qui m’étreint personnellement. J’ai eu en effet la chance extraordinaire de survivre à un attentat à la bombe il y a 30 ans, après avoir vu la mort en face. Quand j’ai réalisé l’événement, ma première réaction a été l’incrédulité : je ne pouvais seulement imaginer ce qui était en train de se passer pour je ne sais quelle cause. Ma seconde réaction a été la peur, peur de ce qui aurait pu arriver, d’autant que j’avais perdu un ami avec lequel je conversais une minute avant l’explosion et qui, lui, n’a pas eu la même chance que moi. Et enfin, grâce à cela, chaque jour je suis reconnaissant à la force supérieure (la laïcité doit prévaloir dans le propos d’un ambassadeur de France et je ne précise donc pas davantage ce terme), force supérieure dis-je, qui m’a ainsi donné la vie pour la seconde fois.

Je suis donc très bien placé pour imaginer ce que ressentent les familles des 17 martyres tués à Paris, familles et amis qui seront marqués à jamais par cette horreur. Je comprends aussi parfaitement la souffrance du Docteur Pelloux, médecin mais aussi chroniqueur à Charlie, qui a frôlé la mort et ne s’en remet pas. Je peux donc vous dire combien le message que nous leur adressons de partout leur est précieux. Les images que nous voyons à la télévision sont vraies : tout ce qui est fait, à tous les niveaux, est formidable. Nous sommes tous Charlie.

C’est donc très important pour ces familles endeuillées que nous soyons rassemblés ici ce soir à Castries. Merci à chacun d’entre vous, merci à toute l’équipe de l’alliance pour son engagement, merci pour les condoléances exprimées depuis une semaine auprès de mes collègues de l’ambassade, de l’Alliance française et de moi-même, merci pour vos témoignages portés sur le registre que nous avons mis à votre disposition : ils nous vont droit au coeur.

Soyez assurés que je relaterai cela dès demain à Paris pour que tout soit rapporté aux familles et amis des victimes.

Je vais vous demander à présent de bien vouloir observer une minute de silence à leur mémoire, qui sera aussitôt suivie d’un diaporama préparé par l’Alliance française en hommage à toutes les victimes./.

Dernière modification : 26/01/2015

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